Capital _ Crise de la salmonelle : Le lait infantile Lactalis de nouveau dans les rayons

Un peu plus de neuf mois après une contamination à la salmonelle de son site de Craon (Mayenne), le groupe Lactalis a été de nouveau autorisé à commercialiser la poudre de lait infantile produite dans cette usine, au grand dam des victimes et des associations.

« Le préfet de la Mayenne, en concertation avec le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, a autorisé ce jour la reprise de la commercialisation des poudres de lait infantile du site de Craon », a annoncé mardi le ministère de l’Agriculture.

Fin 2017, 36 nourrissons ont été atteints de salmonellose après avoir bu du lait infantile des marques Picot et Milumel produit dans l’usine Lactalis de Craon, un scandale sanitaire dont la gestion a été pilotée au plus haut niveau de l’Etat.

« Le feu vert est immédiat, dans le sens où tout ce qui va être fabriqué dans l’usine à partir de maintenant pourra être commercialisé », a déclaré à l’AFP Fany Molin, sous-directrice de la sécurité sanitaire des aliments au ministère de l’Agriculture.

S’ajoutent à cela les lots conditionnés dans l’usine depuis le 4 juillet, quand l’activité lait infantile a redémarré dans l’usine, ainsi que la poudre de lait séchée dans l’usine depuis le 31 juillet.

En revanche, la poudre séchée dans l’usine entre ces deux dates « n’est pas autorisée à être commercialisée et Lactalis va la détruire », a indiqué Mme Molin.

Avant de donner leur accord, les services de l’Etat ont procédé à des inspections « pour vérifier les locaux, pour vérifier les procédures mises en place, pour vérifier comment travaillent les opérateurs, voir si tous les travaux qui avaient été annoncés par Lactalis ont été mis en place », a indiqué Mme Molin.

Les agents de l’Etat ont également procédé à des prélèvements d’échantillons dans le lait en poudre et dans l’environnement de production, depuis le redémarrage de l’activité lait infantile le 4 juillet mais aussi dès le redémarrage de la production de poudre pour adultes le 28 mai: « Tous les résultats de ces analyses officielles n’ont jamais mis en évidence de salmonelles », a affirmé Mme Molin.

Tout comme les autocontrôles réalisés par le groupe, selon un plan d’échantillonnage « renforcé et validé par l’Anses, pour détecter des contaminations très ponctuelles des produits », a indiqué Mme Molin, qui estime que « le risque est maîtrisé ».

– Une usine qui reste sous surveillance –

« C’est une étape importante que nous attendions, compte tenu de l’investissement réalisé de plus de 10 millions d’euros sur le site de Craon », a commenté Michel Nalet, le porte-parole du groupe Lactalis, interrogé par l’AFP.

Le groupe s’est engagé à « continuer de collaborer et de communiquer sur l’ensemble des documents à transmettre à l’administration », a ajouté M. Nalet.

Il n’a guère le choix, à en croire le ministère, qui indique que le préfet de Mayenne a « imposé une transmission régulière de tous les résultats du plan d’autocontrôle à ses services, ainsi qu’une obligation d’information immédiate de toute détection de salmonelle (produits finis et/ou environnement de production). Des inspections régulières et inopinées de l’entreprise sont également programmées ».

Même avec ces précautions, la décision a provoqué la colère de l’association de consommateurs Foodwatch, qui la juge « inacceptable ».

« A ce jour, nous n’avons aucune garantie que les mêmes dysfonctionnements ne vont pas se reproduire. L’enquête judiciaire préliminaire est toujours en cours. Et les conclusions de la Commission d’enquête parlementaire n’ont même pas encore été prises en compte », a dénoncé Karine Jacquemart, directrice de l’ONG qui a porté plainte en février dernier avec plusieurs parents pour exiger la totale transparence dans cette affaire.

Ces parents ont également fait part de leur colère, par la voix de Quentin Guillemain, président de l’association des familles touchées: « On avait convenu avec le préfet d’un entretien pas plus tard que la semaine prochaine pour avoir des explications sur la reprise de l’activité de l’usine, savoir ce qui avait été fait dans l’usine », a-t-il expliqué, déplorant « de la précipitation sans volonté de rassurer ».

« Ce que je ne comprends pas, c’est qu’il y a une enquête préliminaire qui est en cours sur les conditions de contamination de cette usine », a également regretté M. Guillemain, qui voit dans le site industriel une « pièce à conviction ».

 


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