Lettre ouverte de Q. GUILLEMAIN au Président de la république : «Monsieur le président, démontrez-nous que la sécurité alimentaire est assurée dans le pays !»

Publié dans libération.fr le 25 janvier 2018

 

Monsieur le président de la République,

Cela fait désormais plus d’un mois et demi que des centaines de familles réunies au sein de l’association des familles victimes du lait contaminé aux salmonelles (AFVLCS) se battent pour faire la lumière sur les événements qui ont conduit au «scandale» Lactalis.

Quelle énergie a-t-il fallu déployer pour qu’enfin les pouvoirs publics prennent la pleine mesure du problème ! Et pourtant, cela fait des années que la société Lactalis, fleuron de l’industrie agroalimentaire française, comme aiment à le rappeler les élus locaux, s’exonère de la loi française, se considérant «au-dessus des lois» comme a pu le confirmer le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, M. Travert, lors de l’émission «Cash Investigation» diffusée sur France 2, le 16 janvier dernier. Quel aveu d’échec !

Plus d’un mois après avoir interpellé le gouvernement sur la gravité de la situation, vous avez enfin prononcé des paroles fortes lors de votre déplacement en Italie, le 11 janvier : «Oui l’Etat français est en mesure d’assurer la sécurité alimentaire» ; «des pratiques inacceptables ont été commises» ; «ce qui devra être sanctionné, le sera».

À grand renfort de communication, inédite depuis le début de cette affaire, le gouvernement a voulu démontrer sa fermeté à l’égard de la société Lactalis et des distributeurs qui avaient continué à vendre après le retrait, comme avaient pu le révéler plusieurs familles, des produits incriminés et retirés du marché. Dans la foulée, plusieurs ministres ont reçu des familles qui ont pu faire part de leurs interrogations et de leur détresse, et des éleveurs, inquiets légitimement des conséquences de cette «affaire» sur leurs activités.

Quel bilan pouvons-nous en tirer aujourd’hui ? Vous évoquiez des sanctions. Elles se font attendre. Où sont les sanctions pour les 30 supermarchés, les 44 pharmacies, les directrices et directeurs des deux crèches et des 12 hôpitaux qui ont continué à vendre aux familles ou faire consommer à des nourrissons un produit retiré du marché ?

Où sont les sanctions pour la société Lactalis qui bénéficie de subventions publiques des collectivités, de l’État et des institutions européennes tout en s’exonérant des lois françaises, et qui dans cette histoire fait fi de ses obligations ? Où sont les sanctions pour les praticiens qui ont refusé ou refusent encore les coprocultures aux enfants qui présentent tous les symptômes de la salmonellose, seul moyen de poser un diagnostic et de recenser l’intégralité des victimes concernées ?

Enfin quelles sanctions pour tous ces représentants de l’Etat qui ont, au mieux sous-estimé l’importance de ce scandale, au pire couvert la société Lactalis, et n’ont tiré aucune conséquence de la contamination de la même usine en 2005 qui a conduit à l’intoxication de plus de 140 nourrissons ? Vous nous parlez de transparence, il est temps que celle-ci soit enfin de mise. Quand déciderez-vous avec le gouvernement de faire la totale transparence sur l’action de l’État dans cette crise ?

Mi-décembre, nous lancions une pétition afin que les rapports de la DGCCRF, des inspections des différents ministères dans le cadre de cette affaire puissent être rendus publics. Plus de 100 000 personnes ont, à cette heure, répondu à notre appel. L’Etat a été «irréprochable» nous ont dit vos ministres lors de notre rencontre. Dans ce cas, pourquoi ne pas publier ces rapports et contrôles réalisés dans cette entreprise depuis 2005 et mis en doute récemment par des journalistes ? Il nous semble légitime que des comptes puissent être rendus aux citoyens que nous sommes.

Nous attendons toujours des réponses à nos questions légitimes :

— Comment et quand cette bactérie est-elle arrivée dans l’usine, en 2005 ou 2017 ?
— Quels sont réellement les produits incriminés ?
— Quelles mesures seront prises afin que de telles défaillances ne puissent plus arriver ?

Seule une quarantaine de victimes seraient concernées nous répètent les représentants de l’État. Mais qu’en est-il des centaines de nourrissons malades ayant consommé ces produits sans pouvoir accéder à un diagnostic ? Comment se fait-il que malgré ses promesses faites aux familles, Mme la ministre de la Santé ne saisisse pas ses services pour assurer un suivi des bébés concernés qui vont de rechute en rechute, d’hospitalisations en hospitalisations ? Enfin, qu’en est-il des 2 500 contrôles supplémentaires promis par M. le ministre de l’Économie et des Finances ?

Les centaines de familles victimes veulent des réponses. Il est urgent que l’Etat réaffirme par des actes qu’un tel scandale ne puisse pas se reproduire et que toutes les leçons en soient tirées. Il est urgent, enfin, que l’Etat démontre qu’une entreprise française telle que Lactalis n’est pas au-dessus des lois françaises, malgré ce que certains ministres semblent penser. Démontrez-nous enfin, par des actes, que la sécurité alimentaire et sanitaire est vraiment assurée dans le pays !

 

Quentin Guillemain président de l’Association des familles victimes du lait contaminé aux salmonelles
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